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Chants liturgiques pour chœurs d'église

Présentation

Témoignage

Je présente ici mon témoignage concernant les raisons profondes qui me motivent aujourd'hui et depuis de nombreuses années à écrire et composer de la musique liturgique. Il ne s'agit pas d'un hobby, mais d'une démarche humaine et spirituelle qui s'enracine en premier lieu dans la rencontre avec le Christ. Le point de départ de cette aventure commence à l'automne 1973 au couvent des Dominicains de la province de Toulouse.

Adolescent, j'ai été ce que l'on nomme « un jeune en difficulté », livré à moi-même dans mes choix de vie dès l'âge de 15 ans. A cet âge là, je vivais au gré du vent, dans des communautés dites de « hippies », avec tout ce que cela comporte (je ne m'étendrai pas là-dessus, ce serait trop long).

Un soir de septembre 1973, je fus amené par on ne sait quel « hasard » au couvent des Dominicains de Rangueil à Toulouse. A l'hôtellerie du couvent se trouvait une communauté de jeunes aux allures également hippies (comme moi à l'époque). Le Prieur du couvent, Jean-René Bouchet, les avait pris en sympathie, et les accueillait très généreusement pour un temps de ressourcement. Cette communauté, dont les membres avaient tous des parcours « déjantés »(comme l'on disait aussi à l'époque) faisait partie des nouveaux convertis, issus du Renouveau Charismatique. Le nom de cette communauté était « La communauté du Phare ». Ma rencontre avec eux ce jour là fut brève mais intense. Nous avions disserté sur l'ésotérisme, sujet qui préoccupait souvent les jeunes à cette époque. Au milieu d'une discussion très emballée avec l'un des membres de cette communauté, la cloche du couvent se mit soudain à sonner. C'était l'heure des vêpres et ils m'invitèrent à les accompagner à l'église. J'étais réticent et sceptique, mais à cause surement de leur gentillesse et de leur "entièreté", je me laissais faire assez facilement.

C'est ainsi que pour la première fois j'allais assister à un office de vêpres, entouré de marginaux chevelus et de dominicains fervents, chose que je n'aurais jamais pu imaginer jusque là.

Au commencement du Lucernaire (Joyeuse Lumière) un changement commença à s'opérer en moi. Mes yeux et mes oreilles étaient de concert tout écarquillés, et tous mes sens se trouvaient en éveil. Je ne pensais pas, je ne raisonnais pas, j'étais dans un état hagard et j'étais complètement dépassé. C'est peut-être cela que l'on appelle « être en état de grâce ».

Lorsque le dernier refrain du Joyeuse Lumière fut entonné, je n'étais assurément plus le même, j'étais bouleversé (dans le sens de retourné) peut-être comme le furent les apôtres le jour de la Transfiguration. Ainsi, j'ai perçu le temps d'un chant et comme un coup de massue, à la fois la Lumière, c'est-à-dire l'Espérance, et l'Amour sans mesure du Christ. Suite à cette expérience, un long chemin a commencé et celui-ci dure depuis maintenant 32 ans. Cette grâce qui a changé et orienté ma vie est inoubliable. Elle est en moi, c'est comme un feu brûlant, une marque indélébile. Même lorsque je m'éloigne du Christ, (et cela m'est arrivé souvent en 32 années) rien ne peut fondamentalement et totalement m'en séparer. Voilà brièvement pour ce qui est de mon parcours.

Je voudrais maintenant parler de la question musicale et liturgique, celle-ci étant étroitement liée au témoignage que je viens de faire.

En effet, cette expérience personnelle m'amène aujourd'hui à faire plusieurs constats.

En premier lieu, je crois fermement à la valeur du Beau comme vecteur de la présence de Dieu et des rencontres que nous pouvons faire avec lui. Mais, généraliser serait inconsidéré, car de fait, il ne suffit certainement pas d'un beau chant ou d'une belle icône pour vivre une conversion ou pour bouleverser une vie entière. Il faut sûrement aussi, être prêt à recevoir une grâce agissante, et c'est là une part qui nous dépasse. Néanmoins, j'ai la conviction que ce que j'ai vécu personnellement aurait été beaucoup moins évident dans une paroisse négligente vis-à-vis des aspects liturgiques. Aussi, je pose la question de savoir ce qu'est le Beau en liturgie. Selon moi, il ne s'agit pas seulement d'une valeur esthétique (ou esthétisante) mais d'une authenticité d'approche, tant sur les plans textuels que gestuels (le geste vocal entre autres). Il s'agit d'un processus éminemment anthropologique.

Composer de la musique liturgique, c'est avant tout mettre la musique au service d'un texte, dont l'ensemble,forme et contenu, devrait toujours être coalisé aux mouvements « naturels » de l'Anthropos, qu'ils soient purement gestuels ou vocaux. Il est tout à fait incongru de coller n'importe quelle musique sur un texte liturgique donné. Pour qu'il y ait Liturgie, c'est-à-dire témoignage public (leitos) par le signe ou l'œuvre (ergon), il faut respecter une forme de cohérence et d'adhésion sémantique du texte avec son expression artistique ainsi qu'avec sa présentation syntaxique. La rencontre texte/musique doit rendre compte de ce que l'on appelle l'expressivité en touchant au plus près les intonations et les modulations du « parlé » de l'Homme. Si je puis me permettre, et bien que je n'ai pour l'instant pas son avis là-dessus, le compositeur dominicain André Gouzes, illustre dans sa musique assez bien ce que je viens d'énoncer. Il nous offre une symbiose étonnante entre l'élan vital du petit d'homme et la force du message contenu dans les textes (essentiellement de J.Ph. Revel et D. Bourgeois).C'est selon moi, ce qui fait la beauté et la force de son œuvre musicale liturgique. Ce qui m'a effectivement bouleversé adolescent, lors de cet office de vêpres au couvent de Dominicains de Rangueil, c'est une savante synthèse entre Ferveur mystique et Beauté sensible. Les lumières, les icônes, l'encens, les vêtements religieux et les chants contribuaient à concrétiser sensiblement un vécu spirituel non palpable.

Cela serait comparable à la Chapelle de Matisse à Saint-Paul de Vence, où l'opacité jaune des vitraux vient baigner tout l'espace sans que l'on ne puisse jamais la saisir et même la délimiter, tandis que le tranchant des bleus et des verts, plus accessibles, rendent compte de notre humanité. Suivant cette même idée il semblerait que la liturgie soit le moyen par excellence dont nous disposons pour appréhender l'ineffable.